De la guerre en Bosnie à la flottille de Gaza

Le principal organisateur et financier de la Flottille de Gaza, l’ONG turque Insani Yardim Vakfi (IHH) se présente comme une « fondation humanitaire », mais elle était plus connue en Bosnie pour ses liens avec le terrorisme.

Plusieurs documents confirment les liens entre l’organisation et les combattants musulmans étrangers durant la guerre de Bosnie.

Un rapport des services de sécurité bosniaques sur les « citoyens, organisations et institutions des pays d’Afrique et d’Asie qui résident et opèrent à Sarajevo » daté du 19 novembre 1995, fournit des détails précis sur les activités de l’ONG et l’implication de ses dirigeants dans la Brigade des Moudjahidines.

A l’époque, le bureau de l’IHH de Sarajevo est dirigé par Hakan Celik. Le rapport indique qu’il est arrivé à Sarajevo en juillet 1994 en provenance de Zenica, qui a servi de siège à la Brigade des Moudjahidines.

Le rapport fournit des détails sur un autre cadre de l’IHH, Hakan Bogoclu, directeur adjoint du bureau de l’IHH de Sarajevo. Il est indiqué qu’il a été « membre de la 7ème Brigade musulmane du 1er septembre 1992 au 1er juillet 1994 ».

Un autre membre de l’IHH, Osman Atalay, a été membre de la Brigade des Moudjahidines. Selon le rapport, Atalay est « un citoyen turque né le 28 août 1963 à Istanbul, résidant temporairement rue Isa Bega Isakovica 8 », arrivé à Sarajevo le 14 janvier 1995 de Zenica, où il a été membre de l’armée du 1er septembre 1992 au 1er juillet 1994 ».

Il est intéressant de noter que le même Osman Atalay a pris part à la Flottille de Gaza pour l’IHH (comme l’a révélé le journaliste bosniaque Esad Hecimovic pour interwire.com). Dans plusieurs interviews pour des journalistes turques à la suite de l’intervention israélienne le 31 mai dernier, il indiquait que « tous ceux qui se trouvaient sur le bateau étaient des humanitaires, même l’équipage ».

Osman Atalay, qui est désormais membre du Conseil de l’IHH , assistait un mois avant l’incident à l’inauguration d’un « centre d’Istanbul pour la culture et l’éducation » à Sarajevo, en compagnie d’Emine Erdogan, l’épouse du Premier ministre turque Tayyip Erdogan .

A l’époque de la guerre de Bosnie, l’IHH était étroitement surveillée par les forces de l’OTAN. Dans un rapport sur les ONG islamiques en Bosnie daté du 8 mai 1996, l’unité de contre-espionnage de l’OTAN déclarait que « les groupes terroristes utilisent désormais des ONG pour leur soutien et leur planification opérationnelle ». Le rapport soupçonnait plusieurs organisations caritatives, dont l’IHH.

L’implication de membres de l’IHH dans des unités combattants musulmanes au cours de la guerre de Bosnie est également établie dans les dossiers militaires de l’époque. Par exemple dans un certificat daté du 23 octobre 1995, Nezim Halilovic Muderis, commandant de la 4ème unité de libération musulmane, confirme qu’Engin Huseyin, un cadre de l’IHH, est membre de l’unité depuis le 20 juillet 1995.

En 1996 un rapport de synthèse de la CIA relatif à l’activité des ONG islamiques dans les Balkans indique que l’IHH dispose de « connexions extrémistes » avec « l’Iran et des groupes algériens ». Le rapport évoque également son « soutien à des activités extrémistes et terroristes », et mentionne le cas du directeur du bureau de Sarajevo de l’IHH, « associé à des opérationnels iraniens ».

Plus tard, l’IHH est apparue dans plusieurs enquêtes antiterroristes pour avoir facilité l’hébergement, la fourniture de faux documents, d’armes et d’argent à des terroristes se rendant sur les zones de combat en Afghanistan, en Bosnie, en Tchétchénie ou en Irak.

La connexion entre l’IHH et la Bosnie a été établie au cours de l’enquête française sur « le Gang de Roubaix » (réseaux bosniaques et canadiens liés au projet d’attentat contre l’aéroport de Los Angeles en 1999). Le 16 octobre 2000, le réquisitoire définitif du Parquet de Paris dans cette affaire indiquait que « lors d’une perquisition au siège de l’organisation en Turquie, des armes, des explosifs et un mode d’emploi de fabrication d’explosifs étaient découverts ». A cette occasion, « Les membres de l’IHH interpellés étaient allés combattre en Afghanistan, en Bosnie et en Tchétchénie ».

Selon l’enquête, l’IHH a directement concouru à « recruter des soldats d’expérience en vue de la guerre sainte. En particulier, des hommes étaient envoyés dans des pays musulmans en guerre pour leur faire acquérir l’expérience du combat ».

Le procureur français notait également que « l’examen des relevés téléphoniques de l’IHH à Istanbul a montré…deux appels téléphoniques au centre de communications à Zenica d’Abou El Maali (émir du bataillon des moudjahidines de Bosnie) ».

Dans son jugement du 6 avril 2001 (Ministère public contre Khabou, Bendaoui et autres), le tribunal correctionnel de Paris relève que l’IHH « est connue comme soutenant la mouvance islamiste en Turquie, en Bosnie, en Afghanistan et en Tchétchénie et servait de point de contact dans le trafic de documents administratifs ».

Le 2 avril 2001, le juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière, qui avait enquêté sur le « Gang de Roubaix », témoignait dans le cadre du procès d’Ahmed Ressam, principal suspect dans la tentative d’attentat contre l’aéroport de Los Angeles. Il indiquait que « L’IHH a joué un rôle important » dans cette opération. Il ajoutait que « l’IHH est une organisation humanitaire, mais c’était une couverture pour soutenir les Moudjahidines ».

Plus récemment, lors du procès de Abdulrahman Muhammad Alamoudi, fondateur de l’American Muslim Council et secrétaire de la Success Foundation, il était révélé que l’IHH avait reçu des fonds de la Success Foundation, organisation qui a succédé à la branche nord-américaine de l’Intenational Islamic Relief Organization (IIRO), connue pour avoir apporté son soutien aux combattants moudjahidines étrangers en Bosnie et avoir financé des camps d’entrainement terroristes en Afghanistan.

Le détail de ces transactions financières a été fourni par le gouvernement américain dans une déclaration à l’appui du placement en détention datée du 22 octobre 2003 et signée d’un agent du service de l’immigration et des douanes. Jusqu’en janvier 2001, l’IHH a reçu au moins 200.000 dollars d’aide humanitaire de la part de la Success Foundation.

Alamoudi a été condamné à 23 années d’emprisonnement en octobre 2004 pour transactions financières illégales et participation à un projet d’assassinat visant le prince héritier saoudien Abdallah.

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Jean-Charles Brisard

Jean-Charles Brisard est consultant international, spécialiste du terrorisme et de son financement.
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